Retour sur la conférence "France-Belgique : vers une dérive sécuritaire après les attentats de


Ce n'est certes pas avec la mobiliation de ces derniers jours que nous n'empêcherons les lois en préparation et le changement constitutionnel à venir de faire régresser nos libertés et d'insister un peu plus sur nos différences plutôt que de nous rassembler. Comme le disait fort justement hier Sergio Coronado, député français :"nous sommes certainement les contemporains de la progression de la révolution conservatrice et de l'une de ses expressions, la diffusion dans la société et dans le débat politique des idées d'extrême-droite, en France, en Belgique et de partout en Europe".


Bien que n'étant pas un fervent supporter des analyses de Daniel Lindenberg sur l'accomplissement d'un ordre "néo-récationnaire" dans le champs des idées en France, ou des conclusions de Giorgio Agamben sur "l’Etat de sécurité", il y a tout de même des signaux et des réalités, dont celles que nous questionnions hier au soir (lors de la conférence organisée par EELV-Benelux "France-Belgique : vers une dérive sécuritaire après les attentats de l'année 2015? Que faire?" - retrouvez l'intégralité du podcast audio ici ou un résumé en vidéo ici), qui prêtent de moins en moins à confusion.

L'avancée vers des sociétés de plus en plus obnubilées par l'idée de sécurité, alors même que nos Etats voient leurs pouvoirs d'action se réduire de plus en plus dans de nombreux domaines – économique, social, financier, contrôle des flux, environnemental… -, semble bien réelle. Elle semble motiver nos Etats et ses représentants à vouloir entretenir l'illusion sécuritaire par différents dispositifs plus ou moins efficaces accompagnée par une communication fiévreuse sur le sujet. Tout comme la droite et le pouvoir sarkozyste s’y sont attelés entre 2002 et 2012, à son tour l’Etat hollandais accompagne c’est essai de Reconquista de l’Etat, par ailleurs largement débordé – par la hausse constante du chômage, par les hausses des inégalités, par la crise des réfugiés ou par une question environnementale non maitrisée -, par une volonté de réimposition du fait étatique. Certes le constat est dur mais il est là, surprenant, saisissant et effrayant pour ceux qui, comme nous, croient que l'action publique peut et doit encore privilégier la pédagogie et l'approche éducative du corps social, sur la tentation et la tendance lourde actuelle de le surveiller, le contraindre et le réprimer. D'ailleurs, comme pour valider cette hypothèse, aucun des intervenants d'hier au soir pourtant bien informés, autrement dit deux législateurs, un représentant d'un contre-pouvoir et un journaliste, n'a pu nommer en France comme en Belgique une mesure récente de prévention qui pourrait venir s'adosser aux mesures de sécurisation suite aux attentats de l'année 2015. Certes la réforme judiciaire paraît être du même acabit, offrant plus de pouvoirs et de moyens aux forces de sécurité, concomitamment à la mise au pas, au contrôle et à l'affaiblissement du pouvoir judiciaire. La nouvelle loi discutée ce jour – 3 février 2016 - devrait d'ailleurs renforcer de façon permanente les pouvoirs de la police administrative dans le cadre de la prévention des menaces terroristes avec, par exemple, l’assignation à résidence qui pourra être décidée par le ministre de l’intérieur, l'autorisation de perquisitions « préventives », ou de perquisitions de nuit sans l'autorisation d'un juge d'instruction, des contrôles d'identité facilités, ou la rétention en GAV jusqu'à quatre heures sans assistance d'un avocat, alors que les GAV n’ont fait qu’augmenter et de s’allonger dans les deux dernières décennies. Mais, au total, comme le faisait remarquer Alexis Poulin, journaliste et directeur d'Euractiv France, et que je reprends ici comme pour essayer de m'en persuader, il ne faut pas se résigner. Il faut résister encore, saisir toutes les opportunités qui se présentent de faire entendre la voix de l'alternative et essayer ne pas désespérer du politique. Car quel serait l'horizon au-delà? Et puis se rappeler aussi de l’une des grandes permanences de nos amies les sciences sociales, sciences durement attaquées dernièrement, que des mouvements contradictoires et simultanés sont toujours à l’œuvre dans le corps social – effet d’épigénèse -, reste dès lors à les repérés et savoir les saisir…


Se rassembler devant le Consulat sous la pluie et le vent pendant que notre premier Ministre discutait de nouvelles mesures sécuritaires avec son homologue belge, obtenir presque 200 signatures en moins d'une semaine avec les difficultés d'une démocratie hors sol soumise aux contraintes de la technologie capricieuse et alors qu'une très large majorité de Français se pose en soutien de l'action du gouvernement, et que le "Pacte de Versailles" réuni une majorité gouvernementale, l'opposition républicaine ce incluant le Front National, et inviter quatre intervenants, dont deux députés nationaux, un président d'une ONG importante et le directeur d'un journal, sont autant d'actions fortes symboliquement et des actes posés qui nous écartent de l'apathie ambiante.


Ces actions nous mettent à distance de cet épais brouillard qui semble hypnotiser nos concitoyens, figeant leurs sens critique et ne leur laissant que l'envie de se recroqueviller sur eux-mêmes en s'espérant protégés. Ces actions nous laissent entrevoir, imaginer et parler d’une autre direction, d’un autre possible. Et mettre des mots sur cet autre possible c’est certainement participer à sa construction.




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