L'exposition de la Maison d'Izieu, sur les enfants juifs réfugiés à Izieu et nés en Belgique

Rappel historique

La rafle des 44 enfants juifs et de leurs 7 accompagnateurs venus de toute l'Europe se réfugier à d’Izieu, petit village du Bas-Bugey, a été menée le 6 avril 1944 au matin par le commandant de la SS de Lyon, Klaus Barbie.

Le 4 juillet 1987 c'est aussi le fait historique qui a fait condamner pour la première fois en France, ce criminel génocidaire pour crime contre l’humanité.

A l’image des centaines de milliers de Belges traumatisés par les souvenirs de la Grande Guerre, les familles des enfants juifs d'Izieu ont trouvé refuge en France suite à l’invasion allemande de mai 1940. Ces familles ont aussi et surtout pris la route parce qu’elles étaient de confession juive et se savaient menacées par l’arrivée des Nazis.

Suite aux lois racistes et antisémites du gouvernement de Vichy de septembre 1940 et de juin 1941, beaucoup se sont retrouvées internées dans les camps du sud de la France – Rivesaltes, Agde, Gurs, les Milles…


Sortis des camps par diverses organisations, telles que la Croix Rouge, le Secours Suisse ou l’Oeuvre de Secours aux Enfants, Sabine et Miron Zaltin en lien avec cette dernière organisation installent une quinzaine d'enfants à Izieu, alors en zone d'occupation italienne, ce qui les mets temporairement à l'abri des poursuites antisémites.

Jusqu'en janvier 1944, date de la dernière liste du registre des présences tenu par Miron Zlatin, 105 enfants, juifs pour la plupart, ont séjourné à la colonie d'Izieu.

Hans Ament, Nina Aronowicz, Alec Bergman [1], Albert Bulka, Marcel Bulka, Lucienne Friedler, Paulette Heber [2], Marcel Mermelstein, Paula Mermelstein, Samuel Stern [3], Herman Tetelbaum, Max Tetelbaum et Emile Zuckerberg… ces enfants treize enfants sont nés ou ont vécu en Belgique – à Anvers, Liège ou Bruxelles - avant la Seconde Guerre mondiale.

Le 6 avril 1944, la plupart de ces enfants étaient malheureusement présents quand le chef de la Gestapo de Lyon, le SS Klaus Barbie ordonna leur arrestation à Izieu, dans ce petit village de 300 âmes du sud de l’Ain qui domine merveilleusement le Rhône à quelques kilomètres des Alpes.


Après leur rafle à Izieu, les enfants furent internés une nuit à la prison Montluc à Lyon, transférés à Drancy puis déportés par six convois successifs du 13 avril au 30 juin 1944. À l’exception du directeur de la colonie et de deux adolescents déportés et fusillés à Reval en Estonie – aujourd’hui Tallin -, tous les autres enfants et cinq adultes ont été gazés et leurs corps brûlés en arrivant dans le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau dans la Pologne annexée. Seule une adulte a survécu.


La rafle des 44 Enfants d’Izieu et de leurs 7 accompagnateurs est le fait historique qui a fait condamner pour la première fois en France, le 4 juillet 1987 un criminel, Klaus Barbie, pour crime contre l’humanité. Un crime qui de par l’origine très diverse des enfants, de leur parcours à travers le continent, fait de facto partie de notre histoire européenne.


C’est pour cette raison que le mémorial d’Izieu s’efforce de développer depuis plusieurs années un travail avec différents partenaires à l’échelle européenne. La Belgique, le Luxembourg ou les Pays-Bas et leurs lycées français sont des étapes importantes.


Arrivée au printemps 2014 en Belgique, l'exposition itinérante des enfants réfugiés à Izieu, nés ou ayant vécus en Belgique, continue aujourd'hui son chemin...


C'est en compagnie de Bettina Vanherweghem, professeur d'histoire, et de Clothilde Graceffa, responsable du Cercle d'histoire et d'histoire de l'art CHHA de l'ULB, que nous l'avons inaugurée le 15 mars à l'Université Libre de Bruxelles, où elle était accueillie par le CHHA. Beaucoup d'étudiants étaient présents pour le vernissage, ce fut un vrai succès!




Elle est exposée dans le bâtiment/auditoire K pendant une semaine.


Nous l'avions aussi inaugurée le 15 février dernier à l'école des Arts et Métiers de La Louvière, où elle est ouverte au public jusqu'au 27 février.

J'en profite pour remercier ici l'enseignante et militante de la mémoire, Bettina Vanherweghem, pour tout son travail pour faire vivre la mémoire des enfants d'Izieu ici en Belgique. Aussi vous pouvez suivre le parcours de l'exposition ici.


L'exposition reprendre les parcours des treize enfants et de leurs familles ayant vécus en Belgique et qui sont passés par Izieu entre mars 1943 et le 6 avril 1944.

Les pavés de mémoire

Les prochains RDVs de la Maison d'Izieu en Belgique seront pour l'inauguration des pavés de mémoire de cinq des treize enfants d'Izieu nés en Belgique avant la Seconde guerre mondiale. Le 21 avril le pavé Nina Aronowicz sera inauguré à Schaerbeek, puis le même jour celui de Paulette Heber à Saint-Josse-ten-Noode, et le 22 avril ceux de Marcel et Albert Bulka et Alec Bergman à Liège.

Pavé de mémoire pour Paulette Heber ayant vécu dans la commune bruxelloise Saint-Josse-ten-Noode avant la guerre.


Pavé de mémoire pour Nina Aronowicz ayant vécu dans la commune bruxelloise Schaerbeek avant la guerre.

Pavé de mémoire pour les frères Marcel et Albert Bulka. Ce dernier était surnom "Coco". Il était le plus petit de la colonie d'Izieu, il avait juste quatre ans. Madame Zlatin fait référence à Coco avec beaucoup d'émotion pendant le procès de Klaus Barbie en 1987 à Lyon.

Pavé de mémoire pour Alec Bergman ayant vécu dans la ville de Liège avant la guerre. Alec est toujours en vie aujourd'hui, et enfants et petits enfants vivent encore à Liège.

Ci-dessus et ci-dessous, Alec Bergman entouré par les siens lors de la pose de son pavé de mémoire le 13 novembre 2015 - Liège (crédits photos Nicole Weismann - AMS Belgique)

C'est en avril mai et juin 2014, que nous avions déjà eu l'opportunité de présenter l'exposition à Bruxelles, au lycée Jean Monnet, puis à la Délégation de la Région Rhône-Alpes où, Martin Schulz, Président de Parlement européen, nous avait l'honneur de participer à l'inauguration de l'exposition - retrouvez son discours ici.


A cette occasion, le député des Français du Benelux, Philip Cordery, était présent. Il a beaucoup fait pour soutenir les activités de la Maison d'Izieu sur le Benelux, n'hésitant pas à soutenir le déplacement des classes des lycées français de Bruxelles, La Haye et Luxembourg pour qu'ils se rendent annuellement à Izieu en voyage pédagogique.


Durant cette cérémonie, où était aussi présent l'un des anciens enfants de la colonie, Samuel Pintel, parti avant la rafle du 6 avril 1944, et aujourd'hui secrétaire général de l'association de la Maison d'Izieu, j'avais eu l'occasion de lancer un appel à l'engagement de l'Union européenne pour le soutien à "l'histoire, la mémoire et la pédagogie active européenne" en particulier autour de la pédagogie de la Seconde guerre mondiale et de son génocide principal, celui des populations juives d'Europe, la Shoah (Holocauste) - retrouvez mon discours ici.


Je regrette que cet Appel n'ait pas pu trouver d'échos dans les instances européennes ou dans les autres associations ou fondations travaillant sur ces sujets. Le budget européen demeure aujourd'hui aux alentours de 25 millions d'euros pour 7 années, ce qui est un montant plus que symbolique, qui n'est certainement pas à la hauteur des engagements nécessaires. J'en demandai alors le quadruple, soit 100 millions d'euros, ce qui représentait un investissement d'un euro par jeunes européens de moins de 20 ans.


Extrait de mon discours du 9 juillet 2014 à la délégation de la Région Rhône-Alpes à Bruxelles :


Les guerres mondiales, les nationalismes belliqueux, les génocides, les épurations ethniques, le racisme et l'antisémitisme d'Etat, ainsi que les crimes contre l'humanité ont causé des ruptures dans la civilisation contemporaine, particulièrement européenne. Le 20e siècle, sa grandeur et ses infortunes, a fait naître le projet politique européen.

Mais presque soixante-dix ans et quatre générations après le début de la construction politique européenne, les lieux et non-lieux de mémoire, font toujours face à trois défis majeurs:

1/ leurs reconnaissance institutionnelle et par le grand public ;

2/ leur entretien et leur développement ;

3/ l'évolution de leur rôle en matière d'éducation et de promotion de valeurs dans le contexte européen d'élargissements successifs; élargissements qui nous amènent maintenant vers les pays de l'ex-Yougoslavie.

Ces sites mémoriels, tel Izieu, Auschwitz-Birkenau, la Villa Wansee, Kazerne Dossin, Terezinstatt, la villa Nonontola, le Camp des Mille, le Camp de Drancy, la Maison d'Anne Frank… sont autant d'opportunités offertes à plusieurs générations d'Européens de vivre et d'apprendre leur histoire commune. Ils leurs offrent aussi la possibilité d'interpréter leur passé, de comprendre leur présent et d'imaginer leur futur ensemble. Cela, dans un contexte inédit de crise économique, sociale et politique, où les valeurs et les certitudes européennes sont remises en question, et où l'euroscepticisme, les nationalismes et les extrémismes n'ont jamais été aussi importants.

Maintenant que les derniers survivants de la Seconde Guerre mondiale, en particulier de la Shoah, disparaissent, que les procédures légales sur les guerres balkaniques des années 1990 sont en cours, et que l'Union européenne vient de recevoir le prix Nobel de la Paix 2012, il semble important de soutenir les efforts de mémoire. Des efforts qui nourrissent l'identité européenne et donnent du sens et des valeurs à notre histoire commune, prioritairement pour les jeunes générations.

Mais le temps presse. La quatrième génération actuelle, qui sera majeure en 2020, sera aussi la première à n'avoir jamais connu de témoins et survivants des crimes contre l'humanité de la Seconde guerre mondiale.

Sur de nombreux aspects la stratégie et le budget européen de la période 2014-2020 semblent être la dernière opportunité afin parfaire les connaissances et de garantir le juste niveau d'investissement européen sur ces sujets pour les générations futures.

Aujourd'hui des voix s'élèvent et appellent l'Union européenne à jouer son rôle dans le soutien à l'héritage tangible et intangible pour une histoire, une mémoire et une éducation européenne. La recherche, la pédagogie et les politiques culturelles dans ces domaines œuvrent à l'inclusion sociale telle qu'annoncée dans la Stratégie européenne 2020, et ce afin de construire une Europe de la paix et de la démocratie, où le rejet de l’autre n’a pas sa place.

Pour finir, laissez-moi imaginer librement quelques pistes de travail, comme celle suggérée hier dans les colonnes du Monde par de Frank-Walter Steinmeier, Ministre allemand des affaires étrangères, avec son appel à la création au Parlement européen d'une nouvelle commission contre le racisme et l’antisémitisme.

Mais aussi, pourquoi ne pourrait-on pas envisager un nouveau Collège des Commissaires européens comprenant un Commissaire en charge des questions de mémoire, d'histoire et d'éducation afin d'assurer visibilité et engagement de la Commission européenne sur ces sujets?

Et puis, comment ne pas imaginer que l'Union européenne ne s'engage pas plus financièrement sur ces sujets? A l'heure actuelle seul le programme "l'Europe pour les citoyens" dédie une partie de ces moyens aux sujets qui nous rassemblent ce soir, et c'est tout juste 6 millions d'euros qui sont consacrés annuellement au sous-programme "mémoire européenne".

Mais que sont ces 6 millions d'euros quand on sait que la Maison d'Izieu qui étend actuellement ses locaux pour accueillir les classes européennes toujours plus nombreuses, a dû rechercher plus 4 millions d'euros?

Ainsi, à côté des quelques idées énumérées, je profite de cette tribune ce soir pour lancer un appel solennel afin de dédier une part plus importante du budget européen consacré à la question "de l'histoire, la mémoire et la pédagogie active européenne", en le portant à 100 millions d'euros pour la période 2014-2020, soit un euro par jeunes européens de moins de 20 ans.

L'antisémitisme et ses formes contemporaines, comme les autres formes de racismes procèdent des mêmes mécanismes et des mêmes dynamiques. Lutter et enseigner contre l'un c'est lutter et enseigner contre les autres.


Finalement, je salue ici l'engagement permanent de Samuel Pintel ancien enfant de la Maison d'Izieu depuis toutes ces années. Samuel est très impliqué dans l’association de la Maison d'Izieu depuis ses débuts et il témoigne sans relâche. D'ailleurs, il passera le relai de son engagement le 6 avril prochain lors de l'assemblée générale de la Maison d'Izieu, à son fils Simon Pintel.

[1] enfant ayant quitté la Maison d’Izieu avant le 6 avril 1944 et ayant survécu à la guerre

[2] enfant ayant quitté la Maison d’Izieu avant le 6 avril 1944 et ayant survécu à la guerre

[3] enfant ayant quitté la Maison d’Izieu avant le 6 avril 1944 et ayant survécu à la guerre

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